CHRONIQUE D’UN SÉJOUR TOURISTIQUE QUI SE TRANSFORME EN BRAVOURE HUMANITAIRE

6 septembre 2018

Je vous parlais récemment des approches ascendantes du don à l’initiative de citoyens engagés en marge du travail accompli par les organisations. L’actualité récente nous a encore démontré la force de frappe de parfaits inconnus érigés en héros humanitaires. Je vous présente l’histoire d’Anne Perrin (23 ans) et Florian Gasmann (24 ans).

Naissance d’un élan de générosité partagé

Le 5 août dernier, l’île de Lombok en Indonésie a été ravagée par un séisme de magnitude 6,9 faisant plus de 430 victimes. Anne Perrin et Florian Gasmann, deux étudiants français en vacances sur l’île, décident après une maigre hésitation de rester sur place pour venir en aide aux survivants.

« Poussés par un instinct humain mais quelque peu égoïste, nous pensons d’abord quitter l’île par le ferry en direction de Bali. Pourtant, cela ne nous semble pas être la réaction la plus juste : nous avons eu la chance de sortir indemnes de cette catastrophe, et de bénéficier de plus d’un pouvoir d’achat, qui, s’il nous a permis de voyager aisément, pourrait désormais nous permettre d’apporter une aide non négligeable à la population. »

Rapidement, ils rejoignent les rangs de la Croix-Rouge locale et se mettent en quête de denrées alimentaires. Après une journée d’intervention, ils comprennent que leurs capacités de ravitaillement ne décolleront pas sans financements. Ils se tournent alors vers le love money. Famille et amis répondent avec un tel enthousiasme que nos deux apprentis humanitaires étendent leur collecte au grand public en démarrant une cagnotte Leetchi. Celle-ci leur a permis de récolter jusqu’à ce jour plus de 26 000 euros auprès de 629 donateurs.

Sur les traces de Jérôme Jarre

Dès lors, les ingrédients de la recette Jérôme Jarre dont j’ai parlé ici, sont appliqués pour aller chercher une plus large mobilisation sous la bannière MAD Lombok : montrer pour tenter de véhiculer une émotion qui sera gage d’adhésion, communiquer les résultats de manière pragmatique, étayer l’efficacité par les faits et la transparence, utiliser les réseaux sociaux comme toile de fond d’une générosité sans frontière.

Anne et Florian constituent une équipe d’une quinzaine de bénévoles locaux avec deux co-leaders capables de gérer les opérations, conscients qu’ils devront repartir avant l’expiration de leur visa. Signe que leur action s’inscrit dans le temps, ils font confectionner des T-shirts floqués d’un logo de fortune pour que les bénévoles soient identifiés dans les camps. Leur site web de vacances est transformé en site de crise pour documenter les besoins et les avancées du projet sous la forme d’un tableau de bord. Chaque ravitaillement fait l’objet d’un récit avec photos, structure des dépenses et factures à l’appui. En deux semaines, ce sont 125 000 repas qui ont été distribués.

Le 20 août, ils rentrent en France avec la ferme volonté de repartir en septembre pour poursuivre la reconstruction de l’île. Il y a 3 jours, le couple a annoncé la création officielle de l’association scellant sa volonté d’aller plus loin. Un pôle éducation dédié à l’amélioration du quotidien des enfants a été mis sur pied dans les camps en attendant la construction de nouvelles écoles provisoires. L’équipe ne cesse de s’agrandir et cherche à recruter de nouveaux bénévoles pour constituer le pôle Partenariats ainsi qu’un responsable achats et approvisionnements à Java.

Aidé d’un pôle communication constitué de bénévoles opérant depuis la France, MAD Lombok est parvenu à bénéficier d’une large couverture médiatique. Pas moins d’une vingtaine de médias français (presse écrite, radio et télévision) ont relayé ce qui relève pour beaucoup d’une manifestation de courage héroïque. Les socionautes distribuent pluies de likes, de cœurs et de bravos. Certains, en partance pour l’Indonésie, proposent de commuer leurs vacances en bénévolat. L’un d’entre eux a même appelé dans les commentaires à décerner aux porteurs du projet « des Oscars de bienveillance, altruisme, générosité, amour du prochain ».

Un élan gagnant-gagnant

La formulation est intéressante car inconsciemment elle met en lumière les externalités positives d’un tel projet au bénéfice des initiateurs : la récompense et la distinction. Comme le titrait HEC Montréal dans son article paru la semaine dernière, « l’avenir est aux compétences personnelles ». Les soft skills ont le vent en poupe dans un marché du travail toujours plus compétitif. Savoir parler en public, faire passer son message, posséder une intelligence situationnelle ou émotionnelle sont autant d’atouts pour naviguer dans les relations interpersonnelles.

Que nous ont démontré Anne et Florian ? Qu’ils sont en capacité de :

  • S’adapter à un environnement apocalyptique et trouver des solutions pour les sinistrés
  • Coordonner leur action dans un contexte multiculturel (locaux, touristes bénévoles)
  • Structurer leur projet en un temps record et avec peu de ressources
  • Mobiliser autour d’eux et donner une portée à leur implication
  • Travailler 18h par jour pour pallier l’urgence de la situation

Difficile d’imaginer qu’ils ne seront pas récompensés dans leurs futures carrières respectives par tous ces efforts déployés. Pour Anne, la récompense sera peut-être ce stage de 6 mois à Singapour qu’elle recherche pour se rapprocher de Bali l’année prochaine. Cette expérience pourrait aussi être le début d’une vocation dans l’humanitaire avec déjà de belles réalisations au compteur. Aujourd’hui, l’ère numérique permet aux jeunes générations de voir grand et de participer à des projets qui les dépassent individuellement. Pour elles, tout est opportunité.

Qu’est-ce que tout cela peut nous inspirer ?

Pourquoi ne pas en tirer avantage du côté des OBNL ? On parle souvent de l’enjeu de la relève au sein des conseils d’administration, un peu moins de la place des jeunes dans le giron des organisations en tant qu’ambassadeurs et percolateurs. Nous avons vu apparaître des offres sur-mesure pour séduire leur générosité telles que Génération Centraide ou le projet X | Leucan. Toutes deux reposent sur un membership mensuel donnant accès à des tirages pour remporter des expériences, majoritairement des places de spectacle. En attendant le bilan de ces initiatives pour en mesurer l’engagement, il y a selon moi matière à explorer de nouvelles avenues. Nous pouvons par exemple rester dans le registre de l’expérience en déplaçant le curseur du fun vers le développement de soft skills.

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